Loïc Mobihan
Genres :
Voix Adolescent garçon, Voix Jeune adulte homme, Voix Adulte homme
Tonalité :
Medium, Grave
Langues parlées :
Anglais avec accent non déterminé
Doublage
Voix
Livre audio
Les coeurs sont faits pour être brisés (de Tatiana de Rosnay - Lizzie)
Livre audio
T'aimer à l'infini (de Sophie Jomain - Audible)
Livre audio
The Crimson Moth (de Kristen Ciccarelli - Audible)
Formation
CNSAD (promotion 2016)
Studio-Théâtre d’Asnières
Studio-Théâtre d’Asnières
Cinéma
2018 "Plaire, aimer et courir vite" Christophe Honoré. Sélection officielle Festival de Cannes 2018 - Compétition
2018 "Jalouse" David et Stéphane Foenkinos
2018 "Jalouse" David et Stéphane Foenkinos
Courts métrages
2022 "Les premiers jours" Thomas Blanchard
2020 "Emmanuel" Benjamin Vu
2016 "En famille" Jérôme Waquet
2015 "Le nouveau Prince" Benjamin Vu
2020 "Emmanuel" Benjamin Vu
2016 "En famille" Jérôme Waquet
2015 "Le nouveau Prince" Benjamin Vu
Mise en scène
2025 "La vie est un songe" de Pedro Calderón (Compagnie Dimanche 11h, Théâtre Montansier-Versailles, Espace Jean Legendre - Théâtre de Compiègne, Théâtre de Chartres, La Maison/Nevers, scène conventionnée, Maison des arts du Léman, Centre d'art et de culture de Meudon...)
2022 "Léonce et Léna" de Georg Büchner (Compagnie dimanche 11h, Théâtre Montansier-Versailles, Théâtre Saint-Louis - Ville de Pau, Tréteaux de France – CDN itinérant) Projet lauréat du Fonds FoRTE pour les talents émergents, financé par la région Ile-de-France
2022 "Léonce et Léna" de Georg Büchner (Compagnie dimanche 11h, Théâtre Montansier-Versailles, Théâtre Saint-Louis - Ville de Pau, Tréteaux de France – CDN itinérant) Projet lauréat du Fonds FoRTE pour les talents émergents, financé par la région Ile-de-France
Télévision
2012 "Famille d'accueil" Dominique Tabuteau
2011 "Insoupçonnable" Benoît d'Aubert
2011 "Insoupçonnable" Benoît d'Aubert
Théâtre
2026 "Ecoutez, ma vie c'est la vôtre" de Evelyn Loew – mise en scène d'Eugénie Pouillot et Ulysse Robin. Festival Chopin – Nohant
2026 "Fractale" pièce chorégraphique de Romain Di Fazio. Théâtre Douze
2024 "Chant/Fragment/Requiem" d'Olivier Dhénin, d'après Tristan et Yseult. Musée Gustave Moreau
2021/2022/2023 "Tartuffe/Théorème" d'après Molière - mise en scène de Macha Makeïeff. Théâtre de la Criée, Bouffes
du Nord, TNP, TNB tournée...
2023 "Souvenirs de Combray" d'après Marcel Proust - mise en espace d'Olivier Dhénin. Musée Hèbre (Rochefort), Musée Henner (Paris)
2020 "Crise de nerfs" d'Anton Tchekhov – mise en scène de Peter Stein. Théâtre de l’Atelier et tournée
2019 "La place royale" de Corneille – mise en scène de Claudia Stavisky. Théâtre des Célestins-Lyon/Tournée
2018 "Le Tartuffe" de Molière - mise en scène de Peter Stein. Théâtre de la Porte Saint-Martin
2016/2017 "Le Silence de Molière" de Giovanni Macchia - mise en scène de Marc Paquien. Théâtre de la Tempête/Tournée
2015 "Les Voisins" de Michel Vinaver - mise en scène de Marc Paquien. Théâtre de Poche-Montparnasse
2012/2013 "Demain il fera jour" d'Henry de Montherlant - mise en scène de Michel Fau. Théâtre de l'Oeuvre/Tournée
2026 "Fractale" pièce chorégraphique de Romain Di Fazio. Théâtre Douze
2024 "Chant/Fragment/Requiem" d'Olivier Dhénin, d'après Tristan et Yseult. Musée Gustave Moreau
2021/2022/2023 "Tartuffe/Théorème" d'après Molière - mise en scène de Macha Makeïeff. Théâtre de la Criée, Bouffes
du Nord, TNP, TNB tournée...
2023 "Souvenirs de Combray" d'après Marcel Proust - mise en espace d'Olivier Dhénin. Musée Hèbre (Rochefort), Musée Henner (Paris)
2020 "Crise de nerfs" d'Anton Tchekhov – mise en scène de Peter Stein. Théâtre de l’Atelier et tournée
2019 "La place royale" de Corneille – mise en scène de Claudia Stavisky. Théâtre des Célestins-Lyon/Tournée
2018 "Le Tartuffe" de Molière - mise en scène de Peter Stein. Théâtre de la Porte Saint-Martin
2016/2017 "Le Silence de Molière" de Giovanni Macchia - mise en scène de Marc Paquien. Théâtre de la Tempête/Tournée
2015 "Les Voisins" de Michel Vinaver - mise en scène de Marc Paquien. Théâtre de Poche-Montparnasse
2012/2013 "Demain il fera jour" d'Henry de Montherlant - mise en scène de Michel Fau. Théâtre de l'Oeuvre/Tournée
Interview
R.S : Bonjour Loïc.
L.M : Bonjour Reynald !
R.S : Tu as été formé au CNSAD et au Studio-Théâtre d’Asnières. Qu’est-ce que ces deux écoles t’ont apporté de différent dans ta manière de jouer ?
L.M : A posteriori, je perçois mon passage dans ces deux écoles comme une continuité, une progression. Bien évidemment, les deux années au Studio-Théâtre d’Asnières ont une saveur un peu particulière puisque je venais d’obtenir mon bac, j’avais 18 ans, et pour la première fois j’allais entièrement me consacrer à ma passion. Pendant plusieurs mois, j’ai pu pratiquer intensément, découvrir des auteurs contemporains, mais aussi me construire une technique en abordant le théâtre de Corneille, de Racine ou de Claudel. J’imagine que cette intensité contribuait à faire éclore davantage ma personnalité.
Mais la force de cette école, qui n’existe d’ailleurs plus sous cette forme aujourd’hui, était, à mon sens, l’habileté avec laquelle les promotions étaient constituées. La mienne regorgeait de personnalités très différentes, aux univers singuliers mais néanmoins complémentaires, ce qui favorisait une belle dynamique de travail. J’y ai noué de très beaux liens.
Au cours de la deuxième année, nous pouvions présenter les concours des écoles nationales. Avec un ami issu d’une des précédentes promotions du Studio, nous avons travaillé main dans la main sur la préparation de mes scènes de concours. Je crois n’avoir jamais autant travaillé qu’au cours de cette période, qui s’est conclue par mon admission au CNSAD.
Suivirent trois années au cours desquelles j’ai eu la chance de pouvoir approfondir ma pratique, de bénéficier de cours de chant, de danse et d’interprétation dans des conditions luxueuses, et sous le regard de professeurs parfois très différents dans leur rapport au jeu. Je dirais que cette école, en plus de l’apport d’une forme de légitimité non négligeable, m’a permis d’accroître ma disponibilité, ma liberté en scène, pour, in fine, envisager le jeu comme un champ d’exploration infini.
R.S : Tu as participé au film "Plaire, aimer et courir vite" de Christophe Honoré, présenté au Festival de Cannes. Quel souvenir gardes-tu de cette expérience ?
L.M : J’ai tout d’abord été très heureux de rencontrer Christophe Honoré, dont je connaissais bien le cinéma. Il m’a envisagé sur différents rôles de son scénario avant de se décider.
Au final, mon rôle n’avait qu’une seule séquence, mais celle-ci était assez difficile puisque je jouais le rôle d’un jeune interne qui livre son diagnostic au personnage principal, en employant un certain nombre de termes médicaux relativement techniques. C’est toujours stimulant et frustrant à la fois de passer rapidement sur un film : il faut être concentré sans céder à la pression.
J’ai ensuite été ravi de voir que le projet suscitait l’adhésion du public et de la profession. Il reste, à mon sens, l’un des plus beaux films de son réalisateur.
R.S : Tu as travaillé avec des metteurs en scène très différents comme Peter Stein ou Macha Makeïeff. Comment t’adaptes-tu à des univers artistiques aussi variés ?
L.M : En effet, il faut reconnaître que les langages de ces deux artistes sont assez opposés. Je dirais néanmoins qu’un élément non négligeable les relie : l’intérêt qu’ils portent au texte. La différence est que, chez Peter Stein, le texte est la colonne vertébrale qui structure le spectacle, tandis que, chez Macha Makeïeff, le texte induit autant de sens que l’espace, le costume ou l’accessoire.
J’ai pu d’autant plus mesurer l’écart qui distingue ces deux approches puisque l’un des deux projets pour lequel j’ai eu la chance d’être dirigé par Peter Stein était Le Tartuffe de Molière, sans savoir que j’allais de nouveau traverser cette œuvre quatre ans plus tard sous l’œil de Macha Makeïeff, mais dans un rôle différent.
Avec Peter Stein, je jouais Valère, dont la scène de dispute avec Marianne est si souvent travaillée en cours, comme je l’avais d’ailleurs fait moi-même. Pour ma part, j’adore ces scènes qui sont un peu comme un pas de deux dans un ballet classique, ou comme une petite pièce dans la pièce. L’action principale se met en pause et le public assiste aux dommages collatéraux produits par la folie du couple Orgon/Tartuffe. L’innocence de ces jeunes personnages, encore un peu immatures, me touche infiniment chez Molière, et c’est justement cet aspect que Peter a voulu, me semble-t-il, souligner, en insistant sur le contrepoint candide et pur qu’offrent ces scènes.
Avec Macha Makeïeff, j’endossais le rôle de Damis, dans une version transposée dans les années 60 et empreinte d’un certain nombre de références cinématographiques. Il importait à Macha de montrer que les enfants d’Orgon sont aussi contaminés par le climat malsain qui règne dans leur maison. Nous avons donc façonné un Damis inquiétant, menaçant, en souffrance, à mi-chemin entre James Dean dans La Fureur de vivre et Michael Pitt dans Funny Games.
Pour servir ces deux visions, je crois avoir procédé comme je le fais à chaque fois que l’on me propose un rôle : écouter, être disponible, me donner toutes les chances de vraiment rencontrer l’univers de l’artiste, et nourrir mon imaginaire de tout type de références.
Je dois néanmoins reconnaître l’apport considérable qu’a constitué la rencontre avec Peter Stein sur ce Tartuffe, puis plus tard sur un autre spectacle constitué de pièces courtes de Tchekhov. Voir sa virtuosité à l’œuvre, tant dans son rapport à l’espace, au placement, que dans sa manière de ciseler chaque réplique, fut une grande leçon pour le jeune comédien et l’aspirant metteur en scène que j’étais.
R.S : Tu fais également de la mise en scène, qu’est-ce que ça change dans ton regard d’acteur ?
L.M : Depuis que j’ai découvert le théâtre, ces deux désirs cohabitent en moi : jouer et mettre en scène. Alors que je m’initiais au jeu en option théâtre au lycée, j’ai justement eu la chance de rencontrer un comédien et metteur en scène qui a entendu mon désir et m’a conseillé d’impérativement poursuivre dans l’apprentissage du jeu, car selon lui, trop de metteurs en scène ne savent pas ce que c’est qu’être sur scène.
J’ai ensuite eu la chance, dès l’âge de 19 ans, de jouer régulièrement au théâtre, aux côtés de comédiens expérimentés (Léa Drucker, Ariane Ascaride, Michel Fau, Pierre Arditi, Jacques Weber…), ce qui fut un sacré coup d’accélérateur. En les voyant travailler, j’ai considérablement approfondi ma pratique.
Parallèlement, je suis parvenu à faire naître une première mise en scène, puis une deuxième tout récemment. Je constate, comme je le pressentais, que ces deux pratiques se nourrissent considérablement l’une l’autre. Mon expérience de comédien me pousse à entretenir un climat qui, tout en étant exigeant, cultive une atmosphère douce et bienveillante en répétition, pour que l’acteur se sente le plus en confiance possible.
Inversement, avoir été metteur en scène m’invite à davantage d’indulgence et d’écoute vis-à-vis des metteurs en scène, car mener à bien une création est une entreprise extrêmement lourde, d’autant plus aujourd’hui où les difficultés économiques du secteur ralentissent, voire entravent la naissance d’un projet.
R.S : Comment as-tu découvert l’univers du doublage et qu’est-ce qui t’a donné envie d’en faire ?
L.M : J’ai d’abord découvert l’univers du doublage à travers un stage d’une semaine qui nous était proposé en troisième année au CNSAD, sous la direction d’Hervé Icovic. J’ai ainsi pu me familiariser avec la technique bien précise que cette pratique requiert, et recueillir les retours positifs d’Hervé, tout comme ceux de mes camarades de promotion.
Ce fut une heureuse surprise car j’avoue que je pressentais depuis longtemps, sans trop me l’expliquer, que cet exercice me plairait, sans savoir si j’allais pouvoir en comprendre tous les enjeux. Peut-être que le doublage se situe à la jonction du jeu et de la mise en scène, et que c’est ce qui me plaît : un travail a déjà été fait, il s’agit de l’observer, de le décrypter, et de nous projeter à notre tour dans les situations qu’ont traversées les acteurs.
Ce n’est qu’un an après ce stage que j’ai fait la rencontre d’Hervé Rey, comédien, metteur en scène et directeur artistique, qui m’a permis de participer à mes premières ambiances et qui m’a peu à peu recommandé auprès d’autres DA, dont certains m’ont fait confiance sur de grands rôles, notamment Isabelle Brannens, avec qui je travaille régulièrement, Danielle Perret, Marie-Eugénie Maréchal, Béatrice Delfe ou la regrettée Christèle Wurmser, avec qui j’ai eu la chance de doubler Timothée Chalamet dans "Le Roi".
R.S : Quand tu doubles un personnage, cherches-tu à t’en rapprocher le plus possible ou à lui apporter quelque chose de toi ?
L.M : A vrai dire, je crois que je ne me formule pas les choses ainsi. Je fais une grande confiance aux DA et aux personnes qui m’ont choisi. Quand je découvre l’acteur que je vais doubler, j’y lis souvent quelque chose du regard qu’un DA pose sur moi.
C’est parfois troublant mais souvent assez juste, et, en général, une rencontre se produit entre la personnalité du comédien à l’image, sa sensibilité, sa voix bien sûr, et la mienne. Je laisse faire. Le plus important est de ne pas trahir les intentions du film.
R.S : Quels sont tes loisirs ?
L.M : Sans doute par goût du dépaysement, je suis davantage un spectateur de danse que de théâtre. Le ballet, contemporain ou classique, m’inspire énormément. En tant que spectateur, j’aime l’état de liberté dans lequel il me place et les sensations que la musique me fait éprouver.
Autrement, je vais voir beaucoup d’expositions, j’essaie de lire le plus possible, je fais du sport. Et j’avoue ne pas être très sensible aux séries, aux jeux vidéo, etc. : en général, j’essaie de me tenir à l’écart du virtuel le plus possible.
R.S : Merci beaucoup Loïc
L.M : Merci à toi Reynald.
Interview de mars 2026
L.M : Bonjour Reynald !
R.S : Tu as été formé au CNSAD et au Studio-Théâtre d’Asnières. Qu’est-ce que ces deux écoles t’ont apporté de différent dans ta manière de jouer ?
L.M : A posteriori, je perçois mon passage dans ces deux écoles comme une continuité, une progression. Bien évidemment, les deux années au Studio-Théâtre d’Asnières ont une saveur un peu particulière puisque je venais d’obtenir mon bac, j’avais 18 ans, et pour la première fois j’allais entièrement me consacrer à ma passion. Pendant plusieurs mois, j’ai pu pratiquer intensément, découvrir des auteurs contemporains, mais aussi me construire une technique en abordant le théâtre de Corneille, de Racine ou de Claudel. J’imagine que cette intensité contribuait à faire éclore davantage ma personnalité.
Mais la force de cette école, qui n’existe d’ailleurs plus sous cette forme aujourd’hui, était, à mon sens, l’habileté avec laquelle les promotions étaient constituées. La mienne regorgeait de personnalités très différentes, aux univers singuliers mais néanmoins complémentaires, ce qui favorisait une belle dynamique de travail. J’y ai noué de très beaux liens.
Au cours de la deuxième année, nous pouvions présenter les concours des écoles nationales. Avec un ami issu d’une des précédentes promotions du Studio, nous avons travaillé main dans la main sur la préparation de mes scènes de concours. Je crois n’avoir jamais autant travaillé qu’au cours de cette période, qui s’est conclue par mon admission au CNSAD.
Suivirent trois années au cours desquelles j’ai eu la chance de pouvoir approfondir ma pratique, de bénéficier de cours de chant, de danse et d’interprétation dans des conditions luxueuses, et sous le regard de professeurs parfois très différents dans leur rapport au jeu. Je dirais que cette école, en plus de l’apport d’une forme de légitimité non négligeable, m’a permis d’accroître ma disponibilité, ma liberté en scène, pour, in fine, envisager le jeu comme un champ d’exploration infini.
R.S : Tu as participé au film "Plaire, aimer et courir vite" de Christophe Honoré, présenté au Festival de Cannes. Quel souvenir gardes-tu de cette expérience ?
L.M : J’ai tout d’abord été très heureux de rencontrer Christophe Honoré, dont je connaissais bien le cinéma. Il m’a envisagé sur différents rôles de son scénario avant de se décider.
Au final, mon rôle n’avait qu’une seule séquence, mais celle-ci était assez difficile puisque je jouais le rôle d’un jeune interne qui livre son diagnostic au personnage principal, en employant un certain nombre de termes médicaux relativement techniques. C’est toujours stimulant et frustrant à la fois de passer rapidement sur un film : il faut être concentré sans céder à la pression.
J’ai ensuite été ravi de voir que le projet suscitait l’adhésion du public et de la profession. Il reste, à mon sens, l’un des plus beaux films de son réalisateur.
R.S : Tu as travaillé avec des metteurs en scène très différents comme Peter Stein ou Macha Makeïeff. Comment t’adaptes-tu à des univers artistiques aussi variés ?
L.M : En effet, il faut reconnaître que les langages de ces deux artistes sont assez opposés. Je dirais néanmoins qu’un élément non négligeable les relie : l’intérêt qu’ils portent au texte. La différence est que, chez Peter Stein, le texte est la colonne vertébrale qui structure le spectacle, tandis que, chez Macha Makeïeff, le texte induit autant de sens que l’espace, le costume ou l’accessoire.
J’ai pu d’autant plus mesurer l’écart qui distingue ces deux approches puisque l’un des deux projets pour lequel j’ai eu la chance d’être dirigé par Peter Stein était Le Tartuffe de Molière, sans savoir que j’allais de nouveau traverser cette œuvre quatre ans plus tard sous l’œil de Macha Makeïeff, mais dans un rôle différent.
Avec Peter Stein, je jouais Valère, dont la scène de dispute avec Marianne est si souvent travaillée en cours, comme je l’avais d’ailleurs fait moi-même. Pour ma part, j’adore ces scènes qui sont un peu comme un pas de deux dans un ballet classique, ou comme une petite pièce dans la pièce. L’action principale se met en pause et le public assiste aux dommages collatéraux produits par la folie du couple Orgon/Tartuffe. L’innocence de ces jeunes personnages, encore un peu immatures, me touche infiniment chez Molière, et c’est justement cet aspect que Peter a voulu, me semble-t-il, souligner, en insistant sur le contrepoint candide et pur qu’offrent ces scènes.
Avec Macha Makeïeff, j’endossais le rôle de Damis, dans une version transposée dans les années 60 et empreinte d’un certain nombre de références cinématographiques. Il importait à Macha de montrer que les enfants d’Orgon sont aussi contaminés par le climat malsain qui règne dans leur maison. Nous avons donc façonné un Damis inquiétant, menaçant, en souffrance, à mi-chemin entre James Dean dans La Fureur de vivre et Michael Pitt dans Funny Games.
Pour servir ces deux visions, je crois avoir procédé comme je le fais à chaque fois que l’on me propose un rôle : écouter, être disponible, me donner toutes les chances de vraiment rencontrer l’univers de l’artiste, et nourrir mon imaginaire de tout type de références.
Je dois néanmoins reconnaître l’apport considérable qu’a constitué la rencontre avec Peter Stein sur ce Tartuffe, puis plus tard sur un autre spectacle constitué de pièces courtes de Tchekhov. Voir sa virtuosité à l’œuvre, tant dans son rapport à l’espace, au placement, que dans sa manière de ciseler chaque réplique, fut une grande leçon pour le jeune comédien et l’aspirant metteur en scène que j’étais.
R.S : Tu fais également de la mise en scène, qu’est-ce que ça change dans ton regard d’acteur ?
L.M : Depuis que j’ai découvert le théâtre, ces deux désirs cohabitent en moi : jouer et mettre en scène. Alors que je m’initiais au jeu en option théâtre au lycée, j’ai justement eu la chance de rencontrer un comédien et metteur en scène qui a entendu mon désir et m’a conseillé d’impérativement poursuivre dans l’apprentissage du jeu, car selon lui, trop de metteurs en scène ne savent pas ce que c’est qu’être sur scène.
J’ai ensuite eu la chance, dès l’âge de 19 ans, de jouer régulièrement au théâtre, aux côtés de comédiens expérimentés (Léa Drucker, Ariane Ascaride, Michel Fau, Pierre Arditi, Jacques Weber…), ce qui fut un sacré coup d’accélérateur. En les voyant travailler, j’ai considérablement approfondi ma pratique.
Parallèlement, je suis parvenu à faire naître une première mise en scène, puis une deuxième tout récemment. Je constate, comme je le pressentais, que ces deux pratiques se nourrissent considérablement l’une l’autre. Mon expérience de comédien me pousse à entretenir un climat qui, tout en étant exigeant, cultive une atmosphère douce et bienveillante en répétition, pour que l’acteur se sente le plus en confiance possible.
Inversement, avoir été metteur en scène m’invite à davantage d’indulgence et d’écoute vis-à-vis des metteurs en scène, car mener à bien une création est une entreprise extrêmement lourde, d’autant plus aujourd’hui où les difficultés économiques du secteur ralentissent, voire entravent la naissance d’un projet.
R.S : Comment as-tu découvert l’univers du doublage et qu’est-ce qui t’a donné envie d’en faire ?
L.M : J’ai d’abord découvert l’univers du doublage à travers un stage d’une semaine qui nous était proposé en troisième année au CNSAD, sous la direction d’Hervé Icovic. J’ai ainsi pu me familiariser avec la technique bien précise que cette pratique requiert, et recueillir les retours positifs d’Hervé, tout comme ceux de mes camarades de promotion.
Ce fut une heureuse surprise car j’avoue que je pressentais depuis longtemps, sans trop me l’expliquer, que cet exercice me plairait, sans savoir si j’allais pouvoir en comprendre tous les enjeux. Peut-être que le doublage se situe à la jonction du jeu et de la mise en scène, et que c’est ce qui me plaît : un travail a déjà été fait, il s’agit de l’observer, de le décrypter, et de nous projeter à notre tour dans les situations qu’ont traversées les acteurs.
Ce n’est qu’un an après ce stage que j’ai fait la rencontre d’Hervé Rey, comédien, metteur en scène et directeur artistique, qui m’a permis de participer à mes premières ambiances et qui m’a peu à peu recommandé auprès d’autres DA, dont certains m’ont fait confiance sur de grands rôles, notamment Isabelle Brannens, avec qui je travaille régulièrement, Danielle Perret, Marie-Eugénie Maréchal, Béatrice Delfe ou la regrettée Christèle Wurmser, avec qui j’ai eu la chance de doubler Timothée Chalamet dans "Le Roi".
R.S : Quand tu doubles un personnage, cherches-tu à t’en rapprocher le plus possible ou à lui apporter quelque chose de toi ?
L.M : A vrai dire, je crois que je ne me formule pas les choses ainsi. Je fais une grande confiance aux DA et aux personnes qui m’ont choisi. Quand je découvre l’acteur que je vais doubler, j’y lis souvent quelque chose du regard qu’un DA pose sur moi.
C’est parfois troublant mais souvent assez juste, et, en général, une rencontre se produit entre la personnalité du comédien à l’image, sa sensibilité, sa voix bien sûr, et la mienne. Je laisse faire. Le plus important est de ne pas trahir les intentions du film.
R.S : Quels sont tes loisirs ?
L.M : Sans doute par goût du dépaysement, je suis davantage un spectateur de danse que de théâtre. Le ballet, contemporain ou classique, m’inspire énormément. En tant que spectateur, j’aime l’état de liberté dans lequel il me place et les sensations que la musique me fait éprouver.
Autrement, je vais voir beaucoup d’expositions, j’essaie de lire le plus possible, je fais du sport. Et j’avoue ne pas être très sensible aux séries, aux jeux vidéo, etc. : en général, j’essaie de me tenir à l’écart du virtuel le plus possible.
R.S : Merci beaucoup Loïc
L.M : Merci à toi Reynald.
Interview de mars 2026

